Displaced Knowledge - Eric

18/06/2026
Eric en tenue

Cette année, la Journée Mondiale des Réfugié·es rencontre le quarantième anniversaire du Petit-Château. Pour l’occasion, Fedasil et plusieurs Centres d’Accueil – dont le Refuge – unissent leurs voix autour d’une journée thématique - In Another Life – placée sous le signe du partage, de la mémoire et des possibles.

Tous les chemins tracés lors de cette journée convergent vers un même point d’origine : l’exposition Displaced Knowledge. À travers l’objectif de la photographe et cinéaste Clara Farhat, des femmes et des hommes racontent ce que l’exil emporte rarement avec lui : les compétences, l’expérience et la fierté du travail accompli. Car si les personnes traversent les frontières, leurs diplômes et et leurs savoirs peinent souvent à être reconnus.

Avant que les quinze portraits n’habitent les murs du Petit-Château, nous vous invitons à pousser une seconde porte, à suivre un autre fil du récit : celui d’Éric, ancien arbitre international FIFA au Burundi.

Avant que les quinze portraits n’habitent les murs du Petit-Château, nous vous invitons à pousser une seconde porte, à suivre un autre fil du récit : celui d’Éric, ancien arbitre international FIFA au Burundi.

Enseignant la semaine, Arbitre International le week-end

Au pays, Eric partage sa vie entre son métier d’enseignant en mathématiques et celui d’arbitre international le week-end. Deux activités qui exigent un même sens des règles et une grande rigueur. Au fil des années, la seconde gagne du terrain sur l’autre. Des pelouses de première division burundaise, il est appelé à officier partout sur le continent, tant en Ligue des Champions africaine que lors de rencontres entre sélections nationales.

L’arrivée en Belgique et l’épreuve des équivalences

En 2022, Eric est contraint de fuir le Burundi : « entre mes deux métiers, je vivais bien, mais surtout je réalisais un rêve : celui d’être l’arbitre des grands soirs. Si j’avais pu, je serais resté sans hésiter »

À son arrivée en Belgique, il pose ses valises dans la Cité hurlue. Maîtrisant déjà la langue de Molière, il s’adapte rapidement et entame sans tarder les démarches pour faire reconnaître son diplôme d’enseignant en mathématiques. Toutefois, le travailleur social qui l’accompagne le prévient : ses chances d’obtenir une équivalence sont très faibles.

Parallèlement, Eric cherche à reprendre le sifflet. Très vite, il apprend que malgré son statut et ses diplômes FIFA, il devra passer par l’épreuve réservée aux arbitres débutants. « Sans vouloir manquer de respect à qui que ce soit, être mis sur un pied d’égalité avec des débutants, parfois très jeunes ou sans expérience, je l’ai un peu vécu comme une véritable mise à l’épreuve, presque dévalorisante au regard de mon parcours » 

Mais comme un obstacle de plus à franchir, il réussit pourtant l’épreuve sans difficulté. Il doit ensuite arbitrer des matchs d’enfants avant d’obtenir le droit d’officier en quatrième provinciale. Bien loin, très loin, des affiches prestigieuses qu’il dirigeait dans son pays.

Malgré tout, l’espoir demeure

Aujourd’hui ouvrier polyvalent, Eric n’a pas renoncé à retrouver un jour les lumières des grands stades. « Je sais qu’être arbitre, ce n’est pas comme être attaquant on est moins exposé, moins visible. Pourtant, j’ai du mal à comprendre pourquoi on ne m’accorde pas ma chance à un niveau supérieur. J’ai plus de quarante ans, oui, mais je m’entraîne toujours avec la même exigence qu’à mes années au plus haut niveau. Je n’attends qu’une chose : qu’on me laisse prouver que j’ai encore ma place à l’échelon qui a été le mien »