Au-delà des obstacles

04/05/2026
Ensemble

« La Belgique aura beau dressé toutes les barrières administratives possibles pour compliquer nos retrouvailles, l’amour qu’on se porte trouvera toujours le moyen de les surpasser » écrit Mélanie, marraine de Naqibullah.

De Mouscron à Anvers

Cinq ans ont passé depuis la première rencontre à Mouscron entre Naqibullah et sa famille de parrainage. Cinq années ponctuées d’événements qui ont peu à peu étiré les distances géographiques entre eux. Un premier obstacle heureux : Naqib décroche un contrat de travail du côté d’Anvers. Le voilà plus loin, plus occupé aussi. Mais avec une petite touche d’organisation supplémentaire, ils continuent de se voir régulièrement. La côte belge, le stade de la Gantoise, Walibi, la capitale wallonne ou encore un Paddle sur l’eau servent de décor à leurs retrouvailles. Autant de lieux et de moments qui transforment la timidité des débuts en une complicité de plus en plus naturelle et chaleureuse. La notion de famille finit par prendre le pas sur celle du parrainage initial. Déjà très proche des petites, Naqib se mue au fil du temps en grand frère pour Anaé et Louane. 

De Tournai à la Normandie

Tournaisienne d’adoption mais Normande de naissance, Mélanie nourrissait le rêve de retourner vivre sur ses terres - les frites double-cuisson, c’est génial mais rien n’égale le camembert de la fromagerie du coin. Alors, au détour d’une maison en ruine mais pleine d’âme, la petite famille franco-belge franchit le pas et s’installe non loin de Caen. Caen ? Il y a bientôt deux ans maintenant – la vérité est qu’ils déménagent près du Mont-Saint-Michel mais il nous aurait été impossible de fournir une blague d’une pareille qualité. Certes, il va falloir y ajouter quelques coups de peinture, un clou par-ci et une vis par-là. Naqibullah se porte d’ailleurs automatiquement volontaire : « j’adore aider mais surtout j’ai envie de faire partie de cette aventure à leurs côtés ». De plus, Anaé et Louane aimeraient elles aussi pouvoir montrer leur nouvelle vie à Naqib dans ce lieu bucolique, entouré de champs verdoyants et d’oiseaux chantants, qui se prête parfaitement à des vacances en famille. Seulement, sa procédure n’avance pas et, ce faisant, il n’est pas autorisé à quitter le territoire belge. 

Au-delà des obstacles

Mais même quand l’administratif dresse des frontières et que la distance s’invite, rien n’est assez fort pour entraver ce qui les lie à Naqib. La Normandie dans le rétroviseur, la petite famille prend la route pour la Belgique. Dix-huit mois sans se voir, des centimètres gagnés d’un côté, une moustache émergée de l’autre, n’auront rien changé au lien. Certes, Naqib est devenu adulte - il travaille dans deux entreprises différentes, prend des cours de néerlandais quatre fois par semaine – mais la complicité qui les liait à Anaé et Louane est intacte. Une chasse au trésor plus tard - pour réveiller ce qui ne s’est jamais endormi –, les deux petites lui montrent les dessins qu’elles ont fait de lui, de la place importante qu’il occupe dans leur vie. Lui, d’ordinaire si pudique, sort alors les photos imprimées qu’il a précieusement gardées de tous leurs moments partagés et leur raconte, qu’au pays, sa mère se réjouit de savoir qu’ils existent dans sa vie — presque autant que lui.

Une transformation mutuelle 

« Quand on regarde dans le rétroviseur, le chemin parcouru, de part et d’autre, dans l’appréhension de l’Autre — au sens le plus noble du terme — est absolument sublime. Je me souviens encore de la pudeur et du respect qui habitaient Naqib lors de notre première rencontre ; ils ont été le fil conducteur de nos échanges tout au long de la construction de cette relation aujourd’hui si particulière.

Cette expérience nous a profondément transformés, lui comme nous. Elle a changé notre regard sur bien des choses, à commencer par le sens du mot « étranger », souvent chargé de connotations négatives. Chez nous, il est devenu une véritable opportunité : celle d’apprendre, de s’ouvrir autant le cœur que l’esprit, et de comprendre les différences culturelles à travers un désir sincère de rencontre.

Si c’était à refaire, nous n’hésiterions pas une seule seconde. »